Freins sociologiques : Idées reçues – lieux communs

Superficialité – acculturation

La force des habitudes pousse une nouvelle génération à reproduire le mode de développement de la génération précédente. Il est par exemple normal d’avoir une voiture flambant neuve à 20 ans et de faire tourner la clim à fond quand il fait chaud ; on ne se pose pas la question des besoins, des impacts… on ne se pose pas de questions tout court ! Ce phénomène dénote un déficit de culture et pire : un déficit de besoin de culture ! ce qui conduit à une somme de lieux communs auxquels se confronte le partisan du développement durable :

C’est plus propre (ou : Ca fait plus propre)

Cet adage est symptomatique de la pensée qu’il faut combattre sur le plan des mauvaises habitudes de la génération sur-consommatrice de nos parents. (macadam, roundup…)

La gestion des espaces publics gagnerait ainsi à être « revue » : planter des pensées au mois de novembre dans un sol gelé, arroser des espaces luxuriants en climat méditerranéen en pleine journée, jeter du roundup pour éliminer toute trace de végétation retorse… pourraient être remplacés par une gestion « extensive » en implantant des espèces adaptées au climat, un traitement mécanique des mauvaises herbes lorsque cela est nécessaire… (exemple des toitures végétalisées extensives)

Il faut bien manger

Ce concept (!!!) fait référence à la dimension économique de la prise de décision : le respect de l’environnement, le social : OK, mais qu’est ce que çà me rapporte ; est ce rentable ?

J’ai un boulot

Ce concept fait référence également à la dimension économique de la prise de décision, en introduisant cependant une notion temporelle, et le temps…c’est de l’argent !

-> on ne prend en compte que l’économie

On trouvera forcément quelque chose

La société a une confiance aveugle en l’innovation, l’industrie, la technologie, la science… dans la recherche du progrès et l’émergence de nouvelles solutions aux nouveaux problèmes. Il n’y aura bientôt plus de pétrole ? On trouvera forcément quelque chose à mettre dans nos voitures, on trouvera forcément quelque chose pour remplacer le bitume des routes… (dérive : scientisme)

-> c’est un frein à la réflexion / créativité / ambition dans la recherche de solutions répondant aux changements structuraux des sociétés, modes de gouvernance… au XXI° siècle

Discours corporatistes

Les discours corporatistes, compartimentés sont à l’opposée de la pensée (transversale) du développement durable.

Quelqu’un formé à la protection de l’environnement ; un autre, travailleur social depuis de nombreuses années, un PDG d’une grande entreprise : tous spécialistes dans leurs domaines, tous incapables d’une vision « développement durable ».

-> pourquoi confier la tâche de sensibilisation au développement durable aux « protecteurs de l’environnement » (DIREN) ?

-> le développement durable nécessite des qualités spécifiques (vision globale, écoute, anticipation…)

Le cas des lobby

Les lobby (industriels donc à priori anti développement durable (ou pas !)) ont une audience certaine auprès du législateur avec des arguments imparables (économiques ! en terme d’emplois…).

-> Est ce qu’une prise de conscience / exigence collective pour un développement durable serait plus forte que les lobby industriels pour influencer les décisions des élus ?

L’obsolescence des décideurs

Le cas du développement durable peut être comparé à celui des NTIC, les décideurs les plus expérimentés pensent saisir les enjeux liés à l’émergence de ces thèmes, c’est FAUX. Ces thématiques sont liés aux générations qui vivront le XXI° siècle. Les modèles liés à la civilisation industrielle des énergies fossiles sont obsolètes. La mise en œuvre du développement durable nécessite un regard neuf, un nouvel état d’esprit.

Les personnes aux affaires aujourd’hui pensent avoir déjà entendu les arguments des partisans du développement durable il y a 30 ans avec les écolos des années 70. Un des slogans de Mai 68 : « Il est interdit d’interdire » qui, s’il était basé sur une boutade, a participé à une perception condescendante du mouvement écologiste qui n’était pas réaliste sur le plan économique. Le discours écologiste a donc été décrédibilisé pendant 40 ans (de Mai 68 au Grenelle de l’environnement) sur la scène politique : Vous êtes bien gentil…mais il faut bien manger !

-> il faut se démarquer des écolos des années 70 en profitant de l’image Grenelle pour montrer les avantages y compris (surtout !) économique d’un développement durable.

Le « temps politique » est d’ailleurs lui aussi incompatible avec le développement durable. Le décideur politique n’a en effet pour seule échéance que la durée de son mandat.

-> Les politiques publiques doivent être évaluées selon des critères développement durable à l’aide d’outils pragmatiques tels que l’Agenda21.

C’est à la mode

Cette expression rejoint l’idée de l’obsolescence des décideurs qui font du développement durable non par conviction ni même par intérêt mais « parce que c’est à la mode ». Attitude qui dénote une incompréhension abyssale face aux enjeux du développement durable. Les principes du développement durable sont tout le contraire d’une mode, ils changeront de manière structurelle notre société.

-> surfer sur « la mode » pour lancer les démarches de développement durable avant que la dynamique retombe

Démagogie ou l’art de nier l’évidence

Les négationnistes du réchauffement climatique portent un discours populaire repris par les démagogues de tout poil. Une forme de « pensée unique » cherche à relativiser le discours, qualifié de « catastrophiste », des partisans du développement durable (on conteste la réalité du réchauffement climatique, la raréfaction des ressources, l’importance d’une espèce animale ou végétale qui disparaît). Cette pensée convient bien à la frange de la population qui tient à ses habitudes et se complaît dans l’immobilisme.

Il n’y a pas besoins de réfléchir ou de se prendre la tête en allumant la TV sur la première chaîne à 13h00 tous les jours, on nous dit ce qu’on a envie d’entendre et tout va bien dans le meilleur des mondes !

Cynisme

Certaines personnes qui écoutent leur instinct voient que « les choses tournent mal », d’autres sont très conscientes des problèmes et des freins notamment économiques ou sociologiques au développement durable… toutes développent une forme de cynisme due à une foi très modérée à la capacité de l’Homme et plus spécifiquement des décideurs à agir dans des proportions en rapport avec les enjeux du XXIe siècle.

Les consultants « seniors »

Nous avons actuellement une génération de consultants seniors dont le discours pourrait être également frappé d’obsolescence. Je vois tout à fait un consultant habitué à travailler dans l’aménagement du territoire arriver à une réunion agenda21 et demander innocemment où est ce qu’il peut garer son 4x4.

Les mots n’ont plus de sens

Exemples :

Lozère Nouvelle du 13/06/08 : « Le Point Info installation Lozère (en partenariat avec les Jeunes Agriculteurs du Languedoc-Roussillon et le Conseil Régional), s’est rendu chez Emilie Garrel à Pelouse pour évaluer l’intégration de l’environnement dans son système d’exploitation  »

N’est ce pas plutôt à l’intégration du système d’exploitation dans son environnement qu’il faut réfléchir ?!

Lozère Nouvelle du 13/06/08 : « Des Quads en Margeride – Le lendemain, c’est à la découverte de l’Aubrac qu’ils se livraient après un passage chez Michel à la Fage-Saint-Julien avec au menu, un bourbier réputé infranchissable. Un maître mot pour ces sportifs modernes : le respect de l’environnement et de la nature. Prochaine sortie : les 28 et 29 juin. »

Avec des amis comme ceux là, la nature n’a pas besoins d’ennemis ! (et je vous épargne la photo !) Le naturaliste utilise plutôt des termes comme zone humide ou tourbière au lieu de bourbier !

Lozère Nouvelle du 25/07/08 : « Développement durable : la Lozère en pointe »

Seul le titre de cette manchette prête à sourire ! Pas d’Agenda21, pas de bilan carbone même pas de schéma départemental de développement éolien (malgré l’urgence)… bref, aucune politique de développement durable n’est mise en place sur le département de la Lozère où les maîtres mots de l’action politique sont « réalisme et pragmatisme ». Alors non seulement le département n’est pas à la pointe mais il est carrément à la queue !

Environnement magazine 2008 : « un développement durable et équitable »

Equitable est inclus dans la notion de développement durable. Cette phrase révèle que le développement durable est encore assimilé à l’écologie, au respect de l’environnement alors que ses trois piliers sont un développement économique viable, socialement équitable et respectueux de l’environnement.

Les mots réalisme et pragmatisme ont été vidés de leur sens par une classe politique qui a trouvé ces termes pour justifier son manque de créativité, d’ambition et de vision (à long terme). On associe trop souvent pragmatique au concept décrit plus haut du « Il faut bien manger ». Etre pragmatique ce n’est pas justifier d’une prise de décision par son gain économique ; être pragmatique, c’est évaluer sa décision au regard de son impact économique, certes, mais également environnemental et humain. Etre pragmatique c’est se soucier de l’impact des décisions que l’on prend aujourd’hui à long terme (sur la vie quotidienne de nos enfants…)

Le développement durable n’est pas un concept défendu par des « doux rêveurs », ses tenants ont pour objectif principal de préparer efficacement et de manière cohérente le monde de demain en tenant compte des exigences de notre environnement.

Ces « freins sociologiques » peuvent être résumés dans la définition de deux syndromes :



Syndrome du « poisson rouge »

On dit que le poisson rouge a une mémoire de seulement quelques secondes, ce qui lui permet de ne pas s’ennuyer dans son bocal, étant donné que quand il a finit un tour et qu’il en commence un autre, il redécouvre son environnement.

La civilisation humaine est soumise à ce syndrome ce qui l’empêche de profiter pleinement de ses expériences passées.

L’Homme s’échine donc à reproduire ses erreurs en vivant dans un mythe de Sisyphe. En effet, la reproduction d’une erreur du passé paraît absurde à celui qui a une vision extérieure mais parfaitement cohérente à celui qui ne bénéficie pas de cette vision ou de l’expérience nécessaire.

Alors, pour sortir de ces situations absurdes et aller dans le sens d’une notion bien assimilée par la société : le progrès, il est indispensable de capitaliser sur les expériences passées pour une vision durable du développement (nouvelle définition des critères de progrès).

On ne fait pas boire un âne qui n’a pas soif

Ce syndrome fait référence à deux choses : la mauvaise fois et la fainéantise intellectuelle.

La mauvaise fois empêche d’envisager que le développement durable soit un progrès, on nous répond trop souvent : « on ne va pas revenir aux bougies et aux charrettes », il n’en est évidemment pas question !

La complexité inhérente aux principes de développement durable demande un minimum d’efforts de réflexion, d’ouverture d’esprit. La fainéantise intellectuelle ambiante ne permet pas cette réflexion et cette ouverture d’esprit. C’est pourquoi, par exemple, qu’il n’est pas possible d’expliquer qu’on peut être à la fois pro-éolien et défendre un « bon projet » et anti-éolien face à un projet dont les impacts sur l’environnement ou les populations annihilent les bénéfices. Le besoins de « mettre les gens dans des cases » élève toute personne au discours global et adapté (« complexe ») au rang « d’ayatollah » ! sans autre forme de procès.

Il faut résister à l’emprise du personnage conceptuel de dernier homme* de Nietzsche, qui fait référence à la bien-pensance, la petitesse, la bassesse… comme moteurs (!!!) de l’immobilisme. L’enjeu étant de permettre la créativité des individus afin de ne pas contraindre l’épanouissement des hommes et l’émergence de nouvelles idées.

« Malheur, arrive le temps où de l’Homme ne naîtra plus aucune étoile. Malheur, arrive le temps du plus méprisable des hommes, qui lui même plus ne se peut mépriser. Voyez ! Je vous montre le dernier Homme. » - Ainsi parlait Zarathoustra

Freins liés à l’assimilation des principes du développement durable

Complexité

Edgar Morin décrit la complexité dans son article « Pour une réforme de la pensée », il résume l’idée comme ceci : « Le principe de simplicité impose de disjoindre et de réduire. Le principe de complexité enjoint de relier, tout en distinguant. ».

C’est l’idée qu’un discours complexe ne rentre pas dans une case, car il est basé sur une grande connaissance du territoire (acteurs, fonctionnement, spécificités…) et sur une analyse transversale des enjeux, de leurs interactions et de leurs évolutions dans le temps permettant la vision globale.

C’est pourquoi, comme il a été dit précédemment, le principe de complexité amène celui qui le met en œuvre à avoir un avis qui peut apparaître comme incohérent ou paradoxal car différent (adapté) selon les cas.

La complexité du développement durable ne peut être appréhendée sans les informations liées au contexte. (exemple du « bon » et du « mauvais » parc éolien).

Changement des habitudes / façons de faire

Le développement durable nécessite une prise de conscience et des changements d’habitudes…et les mauvaises habitudes ont la vie dure. L’Homme a ceci de particulier qu’il se laisse guider par la force des habitudes. On ne remet effectivement pas en cause les gestes reproduits quotidiennement, sans se poser de question : laisser couler l’eau pendant qu’on se brosse les dents, prendre la voiture pour allez chercher une baguette à 500 mètres (et on laisse tourner le moteur le temps d’acheter la baguette et de parler du beau temps avec un copain), ne pas éteindre les lumières, laisser la fenêtre ouverte avec le chauffage… Le développement durable demande à l’individu de remettre en cause ses pratiques quotidiennes, ce qui fait râler même si c’est pour notre bien ! Ce n’est en effet pas une punition, mais une adaptation qui est demandée, pour faire face à la raréfaction des ressources, aux changements climatiques…

La mauvaise foi décrite plus haut pourrait d’ailleurs renvoyer ce type d’argumentaire aux films de SF dépeignant des sociétés totalitaires, liberticides…ce n’est bien sûr pas de cela dont il s’agit.

Il s’agit de se poser des questions, de remettre en cause ses habitudes et de voir si on en vivrait plus mal… et qui sait ? peut être en vivrerions nous mieux !

La vision à court terme, déshumanisée du capitalisme financier

Les banques

Les banques commerciales évaluent les risques financiers qu’elles prennent à investir de l’argent sur une activité, une entreprise, mais elles n’évaluent pas les risques sociaux et environnementaux qui y sont liés.

Le retour sur investissement qu’elles calculent ne s'inscrit pas du tout dans le temps du développement durable qui veut que nous puissions satisfaire les besoins de notre génération sans compromettre la capacité de nos enfants à satisfaire les leurs.

Le Marché (avec un grand M !)

L’idée de « laisser faire » le marché quand tout va bien trouve sa limite en période de crise où le marché s’en remet à la solidarité collective pour éviter le krach économique et la détresse sociale qui ne manquera pas d’en découler.

Hors période de crise, le marché est générateur d’inégalités, de déséquilibres… en ne privilégiant que des critères de rentabilité économique à court terme dans la prise de décision. On peut se mettre par exemple à la place du producteur qui voit le cours de son produit réglé à la bourse de Chicago et soumis à la spéculation. Ce système a non seulement une influence sur le producteur qui n’est pas maître de son produit, mais aussi à une échelle beaucoup plus vaste, sur des populations qui ne peuvent plus se nourrir parce que le cours du blé ou du riz a atteint un niveau dépassant leur pouvoir d’achat.

-> Les financiers doivent mettre en place des critères éthiques (sociaux, environnementaux)

-> Ils doivent également renforcer leur vision globale et à long terme

-> La « finance solidaire » et locale doit être encouragée (micro-crédit)

La Grameen Bank ("grameen" signifie rural) est une banque spécialisée dans le micro-crédit. Elle a été créée officiellement en 1983 par Muhammad Yunus au Bangladesh. Elle dispose de près de 1400 succursales et travaille dans plus de 50 000 villages. Depuis sa création, elle a déboursé 4,69 milliards de dollars de prêts et affiche des taux de remboursement de près de 99 %. L'organisation et son fondateur ont été récompensé du Prix Nobel de la paix en 2006. (source : Wikipedia)

L’urbanisation de la population

La population mondiale se concentre dans les villes. Si, de manière superficielle, la vie urbaine peut apparaître plus « DD compatible » que la vie rurale, elle est pourtant à l’opposée d’un principe important du développement durable : l’autonomie.

Quels sont les besoins ?

- Se loger

- Se chauffer

- Se nourrir, boire

- Se déplacer

- Communiquer

- Se divertir (sport, culture)

La vie urbaine est plus performante sur le plan énergétique grâce à une mise en commun des moyens pour se loger, se chauffer, se déplacer. L’offre culturelle est également plus importante qu’à la campagne. Cependant, l’urbain demande au campagnard de le nourrir et de le divertir en partie (tourisme, loisirs de plein air…). Pour ce qui est de communiquer, l’urbain a accès aux NTIC, ce qui n’est pas toujours vrai pour le campagnard qui lui communique par contre beaucoup plus facilement avec son voisin !

L’urbain ne rechigne pas à payer pour le deuxième service (divertir) mais le service de nourrir est dévalorisé et ingrat pour celui qui le pratique (producteurs de matières premières agricoles).

Les situations de crise (crise financière, épisode neigeux qui prive les foyers d’électricité…) ont le mérite de rappeler les bienfaits de l’autonomie et de remettre les valeurs dans le bon sens (se nourrir est plus important que se divertir !).

Le campagnard est donc, sans nul doute, plus apte à l’autonomie grâce :

- au bon sens qu’il a conservé,

- au lien avec la terre, la nature qu’il a entretenu et à sa capacité à mobiliser les ressources naturelles de manière durable,

- à la solidarité et au lien social qui persiste

- à sa capacité à auto-produire les « biens » nécessaires à la satisfaction de ses besoins vitaux

Il faut arrêter de dévaloriser la vie à la campagne et écouter et essayer de comprendre les mouvements type « retour à la terre ». Chercher à réduire son empreinte écologique en vivant dans un habitat léger, en cultivant son lopin de terre… n’est en rien utopique et encore moins péjoratif.

Attention toutefois à ne pas entrer en conflit avec un des principes sacré du libéralisme : le droit de propriété !

Comment renforcer la lisibilité / crédibilité du discours Développement Durable ?

Face à la superficialité

Il faut contourner la superficialité des populations sans tomber dans une stratégie « lobbyiste ». Il faut absolument éviter l’écueil des « écolo » des années 70 qu’on entend dire aujourd’hui « on vous l’avait bien dit ».

Un des principes du développement durable est de débattre de l’idée d’un nouveau mode de développement, il faut donc absolument éviter de mettre fin au débat en s’adaptant à son interlocuteur notamment. Le but étant de faire passer un message global auprès d’une personne (ou organisme, institution…) qui a une vision restreinte liée à son « horizon » (environnement professionnel ou familial pour une personne, compétences d’une collectivité…)

-> Confier la parole à ceux qui disposent déjà d’une crédibilité (institutionnelle, morale…) qui seront écoutés

-> Si l’on ne dispose pas de l’aura suffisante, il faut se démarquer des visions péjoratives liées aux écolos ou plus récemment au mouvement de la décroissance

Comment se démarquer ?

-> En insistant d’emblée sur le gain économique (exemple des couches lavables où l’économie de 1500€ par enfant est supérieur à l’argument écologique avec la diminution des déchets)

-> Exciter la vision réaliste et pragmatique des décideurs (en attendant de les remplacer !). Prouver par A+B (méthode cartésienne, forte proportion de cerveaux gauche dans la classe politique) que le développement durable est plus réaliste et pragmatique que « le développement économique avant tout ».

La crédibilité du discours d’un partisan du développement durable est donc remise en cause (quasi) quotidiennement ! On cherche systématiquement des excuses pour ne pas avoir à écouter et à agir en conséquence en décrédibilisant le discours Développement Durable. Nos interlocuteurs ont facilement recours à plusieurs armes pour ne pas avoir à nous écouter :

Quand on se fait traiter de moralisateur / ayatollah / intégriste, c’est une réaction liée au fait qu’on ne veut pas entendre ce qui est en fait une évidence qui s’imposera bientôt à tout le monde. Le discours n’est pas adapté à l’interlocuteur.

Quand on s’entend dire : « tu sais tout toi, t’es trop fort », c’est lié à l’impossibilité de la majorité à comprendre un point de vue global et adapté. Cette réaction est également liée au fait que nous avons un avis sur tout.

-> Concentrer ses interventions sur des thèmes restreints

-> Intervenir sur des exemples afin que l’interlocuteur puisse assimiler ce qu’on lui dit sans passer pour un ayatollah par de grands discours qui noient le message

-> S’entourer, si besoins est, d’une batterie « d’experts » afin d’obtenir un discours complet. En effet un point de vue Développement Durable doit être porté par un « collectif » d’expériences et de compétences.

L’éducation – la transmission d’expérience pour sortir du cercle vicieux

Le cercle vicieux est alimenté par les deux syndromes décrits plus haut : incapacité à profiter des expériences passées, mauvaise fois et fainéantise intellectuelle.

On s’est trompé d’objectif et de méthode en favorisant l’aiguillon de la peur de l’échec au détriment de la joie de réussir.

Les critères, les valeurs de la réussite ne sont pas les bons. « Gagner beaucoup d’argent » ne doit pas être une fin en soit.

Le premier axe est l’éducation aux enjeux du XXI siècle, les termes biodiversité, changements climatiques, équité sociale, développement durable… ne doivent pas être inconnus à un collégien qui rentre au lycée.

Le second axe est de développer le sens critique.

Le but global étant de rendre la transmission d’expérience effective pour que les erreurs du passé ne se reproduisent pas et que bon sens et ouverture d’esprit accompagnent les nouvelles générations (!!!).

De quels outils dispose-t-on (actuellement) pour renforcer la crédibilité de sa démarche développement durable ?

Management / démarche globale

Les collectivités disposent de l’Agenda21 et les entreprises du SME (Système de Management environnemental). Ces démarches globales visent à établir un diagnostic en concertation avec les acteurs servant de base à l’élaboration d’une stratégie et d’un plan d’action Développement Durable.

Le bilan carbone est également un outil d’aide à la décision à destination des entreprises comme des collectivités mais sur le point particulier des émissions de GES (Gaz à Effet de Serre), il peut d’ailleurs constituer un premier pas vers le SME en entreprise ou une action phare de l’agenda21 d’une collectivité (qui devra mettre en œuvre en plan climat pour faire suite au diagnostic des émissions de GES que constitue le bilan carbone).

Produit

L’ACV (Analyse Cycle de Vie) est mise en œuvre à l’échelle d’un produit (entreprise).

Reporting

Un rapport développement durable est obligatoire pour les entreprises du CAC40.

Démarche qualité

Les labels liés au tourisme durable (écotourisme, clef verte, tourisme et handicap…) au commerce équitable ou à des démarches qualité type ISO en passant par l’agriculture bio (AB)… fleurissent. Ces démarches sont malheureusement souvent mises en œuvre pour de mauvaises raisons (marketing, communication, publicité) ! Les référentiels restent toutefois de bons outils (les seuls ?) pour celui qui veut se lancer en bénéficiant du cadre méthodologique d’un cahier des charges. Il est donc primordial, pour la crédibilité de la démarche, qu’elle ne soit pas qu’un affichage ou une façade, ayant pour seul but un gain d’image, mais bien la conséquence d’une réelle volonté d’agir.

Marketing / communication / publicité

Nous voilà dans la raison d’être de bien des prises de conscience, ou de discours pour sauver notre planète, mis en avant par la pub (entreprise et collectivité) dans les mois qui ont suivis le Grenelle !

Combien de fois avons nous entendus « Nous n’avons pas attendu le Grenelle pour… »

Ce mouvement à toutefois été de courte durée, les annonceurs s’apercevant que la clientèle réceptive à ce genre de discours n’était pas dupe (sans parler de la fronde des ONG envers ces comportements) mais attention au "greenwashing".

Si la pub est utilisée pour mettre en avant une démarche exemplaire / originale / créative en matière de développement durable, c’est là qu’elle joue un rôle important dans la mise en valeur de la démarche qui pourra peut être suscité des vocations. Il faut en effet absolument communiquer sur les démarches exemplaires (aujourd’hui) afin de montrer que c’est possible, pour les généraliser.

Concertation

La concertation n’est pas une consultation, ce ne doit pas être un ersatz de « démocratie participative ». La concertation est un dialogue effectué en toute transparence (les parties prenantes doivent avoir accès aux informations leur permettant de forger leur avis) dans un respect mutuel entre les parties prenantes.

Globalement, de même qu’ils ne permettent pas la comparaison entre deux démarches développement durable, ces outils ne permettent pas de quantifier un engagement pour le développement durable, on ne donne pas une note. L’important est d’évaluer le gain en terme de prise de conscience et de progrès au regard des 5 finalités essentielles du développement durable. Il s’agit de s’engager dans une démarche d’amélioration continue avec en ligne de mire ces 5 finalités.

Pourquoi remettre en cause le terme développement durable ?

Développement ?

Les personnes les plus engagées, de Yann Arthus Bertrand aux partisans de la décroissance, en passant pas Pierre Rabhi remettent toutes en cause le terme de développement durable et son utilisation (appropriation) par les décideurs. En effet, les publicitaires, les entreprises… galvaudent le terme et décrédibilisent la démarche en l’utilisant à mauvais escient à des fins de communication, d’image sans en appliquer les principes.

Il faut sortir des batailles de sémantique ! Le développement durable a été définit comme un développement permettant de satisfaire les besoins de notre génération sans compromettre la capacité des générations futures à satisfaire les leurs. Que peut-il y avoir à redire à çà !

On parle d’une notion très complexe qui ne peut effectivement être réduite aux 2 mots : développement durable. Mais il faut bien donner un nom à cette idée et je pense que ces 2 mots résument mieux l’idée que le terme « décroissance » qui fait peur et qui est péjoratif. Pierre Rabhi préfère d’ailleurs « sobriété heureuse » à « décroissance » !

C’est en effet le terme de « développement » qui gêne la plupart du temps. Il est cependant nécessaire, afin d’engager le débat, de se référer à la notion de développement pour décrire le changement de paradigme du développement durable, qui est associée au progrès auquel personne ne veux renoncer. La plupart des gens se trompent toutefois sur la définition du progrès. Si par progrès, on entend consommer plus, ce n’est effectivement pas la notion de progrès intrinsèque au développement durable.

Pourquoi le progrès est il une notion « quantitative » ?

Durable ?

Le développement durable n’est pas synonyme de mise sous cloche. Le terme durable fait peur à ceux qui ne veulent pas que l’on remette en cause le modèle de progrès « quantitatif ». La notion de développement durable introduit un principe d’équilibre entre l’économie, le social et l’environnement dans la prise de décision. Il ne s’agit pas de revenir aux bougies et aux charettes mais bien d’aller vers un développement qui prenne en compte la finitude des ressources naturelles, la biodiversité, l’épanouissement et le bien-être des populations… afin d’anticiper les changements à venir et tenir compte du fait que nous n’avons qu’une planète !

Changement de paradigme

Le qualitatif à la place du quantitatif

Le développement durable propose un progrès « qualitatif » à la place du progrès « quantitatif » de la société de consommation : au lieu de manger plus, on mangera mieux.

Les mouvements de réaction du type slowfood (en réaction à fastfood) ont le mérite de proposer des exemples concrets et de participer à la prise de conscience générale. Ils n’ont par contre aucune cohérence entre eux, il est temps de passer à un mouvement global pour le vivre mieux, vivre plus heureux…

Vous voulez changer le pansement ou penser le changement ? (Francis Blanche)

Le développement durable ne doit pas être utilisé comme un palliatif au changement mais bien être le vecteur du changement. Quel changement ? intégrer les trois piliers du développement durable à tous les niveaux des processus de décision (gouvernance) afin d’allier développement économique viable, équitable socialement et respectueux de l’environnement.

L’ambition du développement durable est de tendre vers 5 finalités essentielles (définies lors du sommet de la Terre de Rio en 1992) :

- Lutte contre le changement climatique et protection de l’atmosphère

- Préservation de la biodiversité, protection des milieux et des ressources

- Epanouissement de tous les êtres humains

- Cohésion sociale et solidarité entre territoires et entre générations

- Dynamiques de développement suivant des modes de production et de consommation responsable

Cette ambition n’étant pas une fin en soit, les finalités décrites ci dessus peuvent être amenées à évoluer avec le temps.

Les critères du progrès, les valeurs de notre civilisation doivent donc évoluer afin d’intégrer de manière structurelle (institutions, éducation…) ces finalités et entrer dans un cercle vertueux de développement durable.

Quel modèle politique ?

On ne verra ici que les deux modèles appelés à gouverner même si des idées nouvelles viendront des extrêmes qui pourront peut être jouer un rôle important dans le débat politique.

Le libéralisme ?

Les dérives : la vision à court terme, déshumanisée du capitalisme financier, le laisser faire du marché, individualisme, la propriété privée

Inutile de revenir sur le capitalisme financier, incompatible avec le développement durable dans son fonctionnement actuel.

La complexité inhérente au développement durable distingue les individus en les reliant, c’est à dire que l’on prend en compte la valeur de l’individu qu’il s’agit de laisser s’exprimer et, on prend en compte les interactions entre les individus.

Le principe de laisser faire (l’individu, le marché…) ne fonctionne pas sans le cadre des institutions pour les domaines « vitaux » de la société faisant appel à la solidarité. L’Etat a un rôle à jouer pour fournir ce cadre et organiser la solidarité (entre générations, territoires…).

La vision globale nécessaire au développement durable ne peut être détenue par un individu.

Le développement durable propose également un changement des modes d’usage : la mutualisation, la location, les services… devront laisser la place à la propriété privé dans certains cas afin d’optimiser l’usage des « biens ».

La social-démocratie ?

Les dérives : interventionnisme, Etat providence, fiscalité forte, conformisme, perte de libertés individuelles, émergence des mentalités propices à l’assistanat, la tolérance répressive.

La principale incohérence du modèle social-démocrate réside dans la défense d’un point de vue équilibré (social, environnement, économie) sans remettre en cause le système capitaliste. Ce modèle prend en compte le principe de complexité de manière biaisée en ne distinguant pas les individus, constitutifs d’une société. L’intérêt général est galvaudé par des systèmes de contrôles pervers du type « démocratie participative » (démagogie). La social-démocratie crée un climat dans lequel l’individu est gommé face à la société laissant libre cours à ce qu’on a pu appeler « bien-pensance » et qui, dans ce cas là, prendra des formes ne laissant aucune place aux points de vue divergents, aux modes de vie alternatifs... Ce phénomène est dangereux par rapport à l’immobilisme qu’il met en place, la créativité nécessaire au changement de paradigme pour un développement durable ne peut émerger d’une telle société.

« Pour pouvoir engendrer une étoile qui dure, il faut en soi-même encore avoir quelque chaos » - Ainsi parlait Zarathoustra



On voit donc que les deux modèles politiques qui « ont le vent en poupe » au XXIe siècle ont tous deux des dérives totalement incompatibles avec un développement durable. Le changement de paradigme induis par la nécessaire migration des modes de développement vers le développement durable ne « rentre pas dans les cases » des modèles politiques existants.

Ce qui pourrait s’expliquer en partie par le fait que le développement durable n’est pas une doctrine politique (réducteur) mais un état d’esprit, une philosophie pour l’action.

Cette pensée « ringardise » donc les modèles (politiques, sociétaux, économiques…) en place qui n’arrivent pas (pour l’instant) à assimiler les principes du développement durable.

On a pu voir que les freins au développement durable sont nombreux et pour certains bien ancrés dans la société.

Il ne faut pourtant pas céder au pessimisme et au cynisme, des ouvertures existent et entretiennent l’espoir que le fameux changement de paradigme intervienne avant qu’il ne soit trop tard.